BURGERS’ZOO : MANGROVE

Il existe un endroit où torpeur rime avec exaltation. Un endroit où mer et forêt se rencontrent, pour ne former qu’un élément de mystères et d’étrangetés. Un endroit dominé par le chant incessant et puissant des jacarinis noirs, par la marche saccadée des étranges crabes violonistes, et par un vol merveilleux et éphémère de papillons morphos bleus. Un endroit bien caché dans les profondeurs de la forêt néerlandaise, dont les secrets ne se trahissent qu’en en ayant franchi les portes, offrant alors les douceurs d’un printemps perpétuel, d’un contraste avec le dehors, tant dans le silence de l’hiver que dans l’agitation de l’été. Un éden d’eau, de fleurs et de sable, qui se forme en Europe comme il change là-bas, au Belize : la Mangrove.

La Mangrove a une longue histoire au Burger’s zoo. Avant l’ouverture de la grande serre tropicale « Burger’s Bush » en 1988, le parc a construit une petite serre de test sur 1000m2, afin d’essayer des cohabitations et plantations possibles pour son grand projet. En 1992, cette petite serre devient la première « Burger’s Mangrove » : la terre de cette nouvelle installation unique en son genre est importée d’une plaine inondable près de la ville voisine de Rhenen, et permet le développement d’un petit écosystème, avec des vers, escargots et autres organismes y vivant comme dans une véritable mangrove. Ces algues et animaux servaient de proies aux crabes, poissons archers et périophtalmes vivant dans cette petite serre, en compagnie d’autres animaux en liberté : hérons striés, anhingas roux, blongios nain, cormorans-pie, jardiniers à joues blanches, grives de Doherty, hydrosaures d’Amboine… 

En 2017, cette ancienne petite mangrove est détruite, afin de laisser place à un nouveau projet : une nouvelle mangrove plus grande, plus moderne et plus en phase avec les projets du Burger’s zoo.

Burger’s Mangrove est une serre particulièrement ambitieuse, et dont la construction a nécessité des technologies particulières. La plus grande mangrove couverte au monde s’étend sur 3000m2, révélant en son sein un bassin d’un million de litres d’eau, doté d’une grande baie à vision sous-marine de 12 mètres de long et 1,80 mètres de haut. La Mangrove est une construction audacieuse, ingénieuse, qui forme un remarquable dôme au toit autoportant, soutenu par 250 tonnes de tubes d’acier. Lors des journées les plus chaudes, les panneaux vitrés de la serre comportent un brise soleil, couvrant la partie sud, la plus exposée au soleil, contrôlant ainsi la température intérieure. À l’intérieur, le climat y est tropical, humide, mais il n’y règne pas une chaleur étouffante : ainsi, la température est maintenue entre 25 et 28°, pour un taux d’hygrométrie entre 60 et 90%. Durant la construction de cette structure impressionnante, les visiteurs ont pu suivre l’avancée des travaux de l’intérieur des installations par une caméra en temps réel, posée à 16 mètres de hauteur, au niveau culminant du toit de la serre.

Trois fois plus grande que la précédente, la nouvelle mangrove du Burger’s zoo s’étend sur non moins de 3000m2 : c’est la plus grande mangrove couverte au monde ; un milieu rarement exploré par les parcs zoologiques mondiaux. La nouvelle serre ouvre ses portes aux visiteurs le soir du 12 juillet 2017 à partir de 17 h, après une grande journée de réception. Au cours de cette journée, le directeur du Burger’s zoo, Alex van Hoof, ainsi que le ministre brésilien de l’Agriculture, de la Pêche, de la Sylviculture et du Développement durable Omar Figueroas, ont relâché les tout premiers papillons morphos bleus dans la serre tropicale.

Aujourd’hui, la nouvelle mangrove fait partie intégrante de la visite du parc.

Le public découvre tout d’abord une place largement plantée, et dont la végétation et le sable ne sont pas sans rappeler ceux d’une mangrove. Un hamac, un bloc sanitaire, le drapeau du Belize, ainsi que deux cabanons colorés à l’architecture exotique invitent les visiteurs à entrer dans la mangrove qui se découpe en toile de fond.

Dès notre entrée dans la serre, nous sommes envahis par l’atmosphère si particulière de la Mangrove, au milieu des cris des oiseaux, notamment ceux des jacarinis noirs, et par le vol des papillons, en particulier celui des morphos bleus, les plus grands et plus colorés de cette serre.

Par un grand pont sur l’eau, les visiteurs bénéficient tout de suite d’une vaste vision d’ensemble sur le splendide paysage de la mangrove, avec le vaste bassin des lamantins que l’on aperçoit tournoyer dans les eaux claires. À droite de la passerelle, une partie du bassin, moins profonde, est isolable du reste, permettant de faciliter le training ou l’isolation éventuelle d’animaux.

Continuant sur la passerelle, les visiteurs découvrent ensuite une véritable forêt de palétuviers avant de passer dans un grand patio coloré, permettant une vision plus aisée sur la partie boueuse de cette installation.

C’est le règne des crabes, qui vont et viennent, triant incessamment les grains de sable de leur estuaire, où ils sont accompagnés de poissons, mais aussi de cassiopea xamachana, « méduse inversée » des Antilles, et de limules, étranges invertébrés survivants des ères préhistoriques.

Longeant l’estuaire et admirant ses habitants, nous serons charmés du vol lent des papillons qui se posent tantôt sur les branches vertes d’un arbre tropical, tantôt sur le sable d’une plage ou la racine d’un palétuvier, avant de repartir vers d’autres horizons, façonnant réellement l’atmosphère de cette installation.

Les visiteurs arrivent ensuite à un petit amphithéâtre entre les rochers, donnant sur une grande baie vitrée : il s’agit de la vision sous-marine des lamantins, qui offre aussi une grande vue sur toute la mangrove et notamment sur son immense toiture transparente.

Les visiteurs continuent ensuite leur évolution en surface, cette fois tournée davantage vers la forêt.
À droite, un nouveau cabanon coloré permet d’observer le cycle de développement des papillons, de
chenilles à créatures ailées, derrière un filet.

Deux allées peuvent ensuite être empruntées par les visiteurs : celle de gauche, plus large, permet une nouvelle vue insolite sur le bassin des lamantins, derrière un filet de pêche. C’est ici que nous observons particulièrement bien les papillons se nourrissant de fruits à leur disposition sur les mangeoires.

L’allée à droite pénètre dans un fragment de forêt tropicale sèche. Un lieu isolé du reste de la mangrove, qui est l’endroit de prédilection des oiseaux de la serre. Entre les enchevêtrements de branches de cette forêt presque impénétrable, peut-être apercevrez-vous un organiste, un passerin, ou un groupe de colins huppés se réfugiant furtivement dans les buissons ?

La forêt est séparée en deux parties par un ruisseau dont il nous faut traverser le gué.

En sortant du bois, nous retrouvons ensuite l’allée que nous avions abandonnée, avant de sortir de la mangrove par une salle pédagogique.

Intéressons-nous maintenant aux animaux présents dans la Mangrove :
Les lamantins des Caraïbes (trichechus manatus) sont les plus grands animaux et les seuls mammifères de cette installation. C’est pour eux que la Mangrove a été créée en 2017, et aujourd’hui,  en janvier 2023, trois lamantins vivent dans le spacieux bassin du Burger’s zoo :
Silvester, le mâle, originaire du zoo d’Odense, au Danemark.
Maia, la femelle, originaire du Tiergarten Nürnberg, en Allemagne.
– Silvester et Maia ont donné naissance le 31 décembre 2021 à une petite femelle, qui n’a pas été nommée pour le moment, selon une volonté du parc.

Les installations modernes de la Mangrove sont constituées d’un vaste bassin tout en longueur, contenant 1000m3 d’eau douce, bénéficiant de nombreuses variations de profondeurs et ceint par des barrières en forme de racines de palétuviers. Une partie de ce bassin, celle située à l’arrière du pont des visiteurs, est particulièrement peu profonde, et est isolable du reste du bassin. Elle permet de faciliter l’isolation éventuelle d’un ou plusieurs individus, mais aussi de mieux pratiquer le training auprès des lamantins, cette technique facilitant les soins des animaux.

Les lamantins cohabitent avec différentes espèces de poissons, introduites très progressivement dans le bassin : cichlidés perlés (herichthys carpintis), péténias splendides (petenia splendida), cichlidés de Salvin (trichromis salvini), cichlidés à tête rouge (vieja melanura), cichlidés à gorge de feu (thorichthys meeki), cichlidés aux yeux bleus (cryptoheros spilurus), pearseis (cincelichthys pearsei), poecilia gillii, xipho (xiphophores helleri), tétras aveugles (astyanax fasciatus) et les grands atractosteus tropicus aux allures préhistoriques, qui se nourrissent d’ailleurs des autres poissons du bassin dont ils régulent la population.

Les deux espèces de crabes violonistes (leptuca pugilator) présentes au Burger’s zoo animent la partie d’estuaire boueux de la Mangrove. Le zoo est fier d’avoir pu reproduire ses crabes en coulisses : depuis septembre 2021, huit jeunes sont nés au Burger’s zoo et vivent désormais dans l’estuaire de la Mangrove. La reproduction de ces crustacés est rendue difficile par la filtration des bassins et la température précise des installations.

Les crabes ne sont pas seuls dans l’estuaire : pour un temps, les limules (limulus polyphemus), étranges invertébrés des mangroves, ont dû quitter ces eaux boueuses, car elles se blessaient contre le sol du bassin qui a été récemment modifié. Quatre espèces de petits poissons des mangroves habitent aussi l’estuaire : gambusia yucatana, killis des mangroves (kryptolebias marmoratus), mollys des mangroves (poecilia orri) et magnifiques chirurgiens bleus (acanthurus coeruleus). Enfin, les cassiopea xamachana, étranges méduses antillaises, ont investi ce bassin d’eau salée en septembre 2018.

Mais la visite de la Mangrove serait peu de chose sans les papillons qui nous accompagnent et nous ravissent tout au long de notre visite, et particulièrement les morphos bleus (morpho peleides). L’emblème de cette installation, ce sont Eux, qui s’affichent partout sur les pancartes et les panneaux indiquant le chemin de la mangrove à travers le parc, et qui annonçaient la prochaine ouverture de la Mangrove à l’été 2017. Et si le grand groupe qui vit dans la serre a été très difficile à maintenir à ses débuts, aujourd’hui, les morphos vivent, meurent et se reproduisent en cycle naturel pour le plus grand bonheur des visiteurs.

Les morphos ne sont pas les seuls papillons de la Mangrove ; la serre est le lieu de vie de caligo atreus, greta oto, heliconius doris, dryadula phaetusa, colobura dirce, heliconius charithonia, heliconius sara, catonephele numilia, malachites (siproeta stelenes), voiliers géants (papilio thoas), heliconius melpomene, parides iphidamas, hamadryas amphinome, heliconius ismenius, heliconius hecale et phoebis philea. Des papillons originaires d’Amérique centrale, d’Amérique latine, de Floride et des Caraïbes, qui vivent et se reproduisent dans la serre de manière naturelle. D’ailleurs, les visiteurs peuvent observer leur développement dans un bâtiment spécialement conçu pour les papillons, qui demandent un suivi intense et particulier.

Enfin, la Mangrove est le lieu de vie d’autres animaux en liberté. Vous aurez peut-être la chance d’observer l’une des trois espèces de lézards, perchés sur une branche ou une racine de palétuvier : gonatodes albogularis, un gecko d’Amérique centrale, anolis alisoni, particulièrement coloré, et depuis décembre 2018, des basilics verts (basiliscus plumisfrons), des lézards plus grands ayant l’étrange capacité de « marcher sur l’eau ». Un mâle et deux femelles vivent dans la Mangrove.

Enfin, autres archosaures, qui animent la serre de leurs mouvements et surtout de leurs chants, ce sont bien-sûr les oiseaux. Huit espèces vivent en liberté dans la serre tropicale : des colombes bleutées (claravis pretiosa), des passerins indigos (passerina cyanea), des organistes téïté (euphonia violacea), des callistes rouverdins (tangara gyrola), des guit-guit saï (cyanerpes cyaneus), des tourterelles à ailes blanches (zenaida asiatica), des colins huppés (colinus cristatus), qui animent particulièrement le sol de la forêt tropicale, et les oiseaux dont le chant est le plus emblématique de la Mangrove : les jacarinis noirs (volatinia jacarina). Des oiseaux qui construisent leur nid dans la partie de forêt tropicale sèche de la serre.

Car la mangrove ne constitue pas uniquement une expérience unique pour quiconque la visite : elle est aussi le reflet des actions du Burger’s zoo en faveur de la conservation de la Nature, de l’autre côté de l’Atlantique, au Belize :

En 1988, le Burger’s zoo et le Papilliorama de Kerzers en Suisse inauguraient leurs toute premières serres tropicales. C’est à cette occasion que les directeurs des deux zoos européens créent l’ITCFund (International Tropical Conservation Fund) : associations basées à Kerzers et à Arnhem. Dès l’année suivante, l’ITCF acquiert une vaste propriété dans la presque-île de Shipstern au sein d’un petit pays d’Amérique Centrale peu connu en Europe : le Belize. Cette propriété deviendra la Réserve naturelle de Shipstern : 100km2 d’environnements protégés et gérés en grande partie par le Papilliorama Kerzers et le Burger’s zoo.

Aujourd’hui la gestion de la réserve s’étend à de nouveaux corridors d’environnements nouvellement protégés, couvrant un total d’environ 400km2. La réserve naturelle de Shipstern constitue un haut lieu de protection de l’environnement bélizéen. En effet, Shipstern est un pont entre les forêts tropicales du Yucatan du Mexique voisin et les régions aquatiques d’Amérique Centrale Elle constitue ainsi une extraordinaire mosaïque d’habitats, de mangroves à savanes, en passant par les forêts sèches, les forêts décidues ou encore les rares forêts côtières. En 25 ans de protection, l’extraordinaire patrimoine floristique et faunistique de la réserve a pu s’épanouir, et si les cinq félins du Belize vivent dans la réserve, pumas, margays, jaguarondis, ocelots et bien-sûr les emblématiques jaguars, Shipstern est le lieu de vie d’autres animaux très rares : tapirs de Baird, pécaris à lèvres blanches, crocodiles, deux espèces de cervidés et environ 300 espèces d’oiseaux tels les toucans, les vautours ou les perroquets. La protection du patrimoine naturel de la réserve doit aussi s’effectuer en accord avec toutes les populations locales, des agriculteurs aux promoteurs, en passant par les Amish.

La Mangrove du Burger’s zoo assure en quelque sorte la liaison entre Shipstern et Arnhem, contribuant elle aussi à la protection de la réserve en lui donnant davantage de visibilité, avec de nombreux dispositifs pédagogiques mis en place dans la Mangrove, notamment dans deux salles pédagogiques à l’entrée et à la sortie de la serre, composées d’éléments scénographiques, d’écrans, de panneaux pédagogiques et de tourbillons à dons. Des guides sont aussi présents toute la journée afin d’aider les visiteurs à débusquer certains animaux de la Mangrove, et afin de mieux les renseigner sur les nombreuses avancées du programme à Shipstern.
Pour en savoir plus sur le programme : https://www.burgerszoo.com/nature-conservation/belize

Les papillons se posent, les jacarinis se taisent, les lamantins se retranchent au fond de leur lagon. Bientôt vient la fin du jour qui tombe brusquement sur la Mangrove. Une installation d’un genre rare en Europe, et qui aborde un milieu peu, voire jamais abordé, dans une région du monde elle aussi peu explorée des parcs zoologiques. Pourtant, elle recèle un des patrimoines naturels les plus riches de notre planète. Mais la mangrove est toujours plus menacée, et la progressive disparition de la mangrove signifie non seulement la disparition des crabes, des morphos bleus ou des lamantins, mais aussi l’apparition de l’érosion et des tempêtes.

Avec la Mangrove, le Burger’s zoo d’Arnhem nous mène dans un tout nouvel Eco-display, toujours fidèle à sa ligne de conduite, et parvient encore à nous émerveiller, même après le Bush, le Desert, Rimba ou l’Ocean, autres installations du même genre à Arnhem. Nous découvrons les animaux comme au Belize : tous dans un environnement complet, à la fois constant et en pérpétuelle mutation. Un environnement où le lamantin n’est rien sans le morpho, où le morpho n’est rien sans le crabe, et où toutes ces créatures ont besoin de l’être humain.
À Arnhem, ou à Shipstern, le combat est le même, pour la protection d’un milieu unique, vivant et fascinant :
 la Mangrove.

Article réalisé par Paul-Alexis Chenot-Friberg

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